Une pipe ? Horreur ! Rassurons-nous, bientôt à l’affiche dans les kiosques !

Une ridicule polémique a été provoquée par une censure ridicule d’une officine opérant pour une RATP ridicule. Vous avez compris, je parle de la pipe de Jacques Tati remplacée par un petit moulin à vent. Reconnaissons tout de même que le choix de l’appareil de substitution est représentatif du contenu crânien des décideurs concernés.   C’est simple, Claude Evin n’en revient pas, et il n’est pas le seul.

L’important n’est pas là. L’important, c’est que l’affichage de couvertures de revues porno à la vue des mineurs de zéro à dix-huit ans (seize ? soixante dix-sept ?) par des kiosques à journaux dans l’enceinte du métro est relativement discret, c’est vrai, mais il n’en va pas de même aux abords de ses “bouches”, si j’ose dire. Cela a-t-il ému la RATP ? Peut-être, on n’en sait rien. Ce n’est pas dans son enceinte, alors pourquoi le serait-elle ? Il est important, se dirigeant vers une bouche de métro, que l’on comprenne bien que la pipe arborée par Tati sur son affiche, que l’on a voilée, n’est pas la bonne. C’est curieux, il me semblait qu’il y avait une règlementation concernant l’affichage public de ce type de revues ? Allez, c’est dimanche, promenez-vous dans la rue, des kiosques sont fermés, c’est encore plus visible.

Quoi ! serais-je un père “la pudeur” ? Il ne me semble pas, j’ai vécu suffisamment longtemps pour savoir que les mœurs évoluent, mais aussi pour savoir qu’il est nocif d’attirer ainsi le regard d’enfants sur ce qui est, en réalité, une représentation dégradante de la femme qui fait commerce de son corps. Les revues homosexuelles vendues en kiosque ne recourent pas à ce genre de racolage. Non que je condamne le commerce de ces clichés bidouillés, pas plus que la prostitution si elle résulte d’un libre choix de celle ou de celui qui s’y adonne, pourvu qu’il n’y ait pas de tromperie dans le recrutement suivi de violence – ce qui est impossible, ni de proxénète en vue – ce qui n’est pas gagné. Y être poussé par la misère est regrettable, certes et, dans ce cas, c’est à la cause qu’il faudrait s’attaquer. Mais réfléchissons bien, la prostitution vend l’usage de l’enveloppe extérieure du corps ou de zones définies qui lui sont internes. Récemment, un athlète, des musiciens, des ouvriers, des cadres, ont tenté de vendre qui l’image de son corps, qui l’habileté de ses mains, qui les aptitudes de son cerveau. Y a-t-il vraiment un différence de nature ? La seule différence ne serait-elle pas que l’exercice de la prostitution dans des lieux publics ne correspond pas à nos mœurs – pas plus les miennes que celles de la majorité d’entre nous – et qu’il vaudrait mieux que les enfants soient épargnés par ce spectacle ? Je laisse de côté les interdits religieux qui sont issus de l’irrationnel ou de la domination d’un sexe sur l’autre – dans les monothéismes, de l’homme sur la femme. En tous les cas, le grand patron qui vend son cerveau est mieux rémunéré que le ou la prostitué (e) de haut vol qui est rarement véritablement “indépendante”. Ils sont pourtant appréciés tous les deux parce qu’ils font gagner de l’argent aux autres. Toutefois, la différence de revenu est normale : le grand patron est capable de faire perdre infiniment plus d’argent à de nombreuses personnes tout en étant récompensé, le cas échéant en ayant accepté qu’on arrange un bilan comptable. Le ou la prostitué (e) de haut vol  à tout à perdre – même la vie – à faire perdre de l’argent, par exemple en communiquant, sur faux bilan sanitaire, des maladies à vous faire dresser les poils ça et là dont le traitement sera onéreux. Dans certains cas, sa falsification sera aussi mortelle que l’amiante dans les poumons où un logement près d’une usine stockant des produits chimiques.

Mais quel rapport avec l’affiche de Tati ? Bah ! on tire un fil et il vous mène là où vous ne saviez pas que vous iriez. Ceci dit, il s’en passe, dans les couloirs du métro et l’on voudrait être assuré que le zèle règlementaire de la RATP est toujours à la même hauteur.  N’a-t-on pas entendu parler de viol ? Ou est-ce une fausse info dictée par la maveillance ? Les passagers présent auraient préféré passer leur chemin… Des actes de harcèlement sexuel par des groupes de jeunes hommes ou d’ados sur des jeunes femmes auraient-ils existé ? Mais peut-être s’agit-il de diffamation, on n’en entend plus parler. Sera-t-il plus important pour nous rassurer d’interdire l’apposition d’affiches pour une campagne de projection du film “Tati Danielle” en raison du risque d’association fumeuse avec la pipe de Jacques ?

3 Commentaires

  1. Votre fil d’Ariane pour nous aider à sortir du labyrinthe médiatique est un vrai bonheur à lire !
    Le chroniqueur de l’émission “Arrêt sur images”, Alain Korkos, a d’ailleurs rédigé un petit article sur le sujet : “ceci n’est pas une …”
    Il nous livre à cette occasion une rétrospective rapide de ces malheureuses “initiatives hygiénistes” : l’affiche de Sartre (expo BNF) bien sûr, mais également, moins connus, timbre et affiches avec Malraux…
    Et termine sur une photo d’Audiard, clope entre les doigts : « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. »

  2. Ton article et les réactions sont intéressantes
    Pour ma part j’aurais aimé un ton un peu plus militant et impertinent
    A bon entendeur…
    Bonne continuation
    http://lalignerouge.wordpress.com/

    • Merci pour le commentaire.


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